Les L du désir avec L&L Products pour L'industrie Magnifique 2020.

Les ailes du désir de Wim Wenders est un film mythique. Il évoque une période, une figure légendaire, rassurante, douce, sereine et protectrice.
L'entreprise L&L products, groupe américain, travaille sur des structures qui renforcent, qui insonorisent, qui fixent différents composants créés sur mesure, et alimentent les secteurs automobile et de l'aérospatiale notamment. Elle est présente au niveau mondial et propose des produits avec des technologies de pointe.

L'idée d'associer ces deux univers différents se fait d'abord par la sémantique, un jeu de mot, 2 L deviennent des ailes. La poétique du sens, l'imaginaire.
Au delà de la métaphore phonétique, utiliser, détourner un personnage emblématique, issu d'une culture populaire, est intéressante. Elle apparaît comme une idée d'un monde disparu : le mur de Berlin n'existe plus, mais son ancrage imaginaire dépasse l'époque de sa réalisation. Son caractère universel résonne comme un élément culturel partagé, un ange qui n'est pas religieux, un personnage qui veille sur les « vivants » est anachronique à notre époque. Il emprunte à notre civilisation sa capacité à produire et à jouer avec les mythes. Personnage baroque, régulièrement utilisé dans une culture aux frontières du kitch, cet ange cinématographique a une entité pop. Il s'agit donc d'un clin d'oeil, d'un hommage, d'une référence culturelle, d'une œuvre poétique questionnant de nombreux ressorts.

 

Benjamin Kiffel, artiste travaillant sur l'image et les représentations, qui aime détourner des symboles, se propose d'associer le savoir faire industriel de son mécène et sa vision poétique. Après avoir « explosé » les repères de la place Broglie en 2018 avec le groupe Béton Fehr, il interroge les registres d'une mémoire culturelle, détourne une iconographie fictive et légendaire.

Produire une sculpture monumentale dans une industrie est un geste fort. Fédérateur. Il associe les compétences techniques des différents départements de l'entreprise, au service d'une œuvre artistique. L'artiste transforme l'usage habituel de l'activité de son mécène et produit , de concert avec les salariés du groupe, une œuvre commune.

Un geste qui raconte une histoire, un symbole, un emblème.

Eriger un monument poétique et empli de significations - la sérénité, la bienveillance, le souci des autres - répond aux valeurs de l'entreprise. Porter ce message sur la place publique avant de le réintégrer au cœur même de l'usine valorise la coopération au sein des équipes, renforce le sentiment d'appartenance au groupe. Une sculpture qui magnifie les savoir-faire du mécène et met en lumière sa capacité créatrice. L'artiste tisse des liens au travers d'un projet commun.

 

La réalisation monumentale, au delà de son ADN technique, a également une portée poétique. Jouer des codes culturels et interroger le sens d'une sculpture dans l'espace public. Ce n'est pas une figure militaire ou un personnage historique , c'est un héros fictif, il transgresse les normes.

C'est un hommage au cinéma, à une vision poétique du monde. Le personnage est suffisamment mythique pour être reconnu, il est également suffisamment universel pour toucher les personnes ne connaissant pas la référence. Un ange bienveillant portant son regard sur les passants et les personnes en terrasse est un geste doux, rassurant, voire drôle. Il veille devant le café Berlin sur la place d'Austerlitz.

La voiture, qui est un objet emblématique de notre civilisation, et symbolise la liberté de déplacement, la vitesse, mais aussi une appartenance sociale, un signifiant de la consommation a été utilisée par de nombreux artistes (Lavier, Orozco, César, Wurm...) est ici simplement suggérée. Des pièces automobiles sur lesquelles reposent l'ange, viennent comme une matière brute, une évocation du débouché principal du mécène, tout en subtilité. L'ange est aussi un symbole de pureté, de liberté, c'est en lui même une icône. La création se propose donc de jouer des codes culturels occidentaux, d'en détourner les symboles, d'ouvrir un espace imaginaire.

 

Les L&L du désir, c'est une évocation, une métaphore, un geste poétique.
Mettre en lumière une technicité, souvent invisible, mais essentielle, qui veille à la sécurité des usagers, à leur confort et surtout émouvoir.

 

Benjamin Kiffel 


Projet pour L'industrie Magnifique


Projet pour le parking Wodli Strasbourg

Let's dance !

 

Le parking, un espace intermédiaire, une frontière, un univers à part entière. Un lieu de passage, une transition, une traversée.

Le parking Wodli, ouvrage monumental et architecturé, regorge de particularités qui en font sa spécificité. L'atrium, la rampe hélicoïdale, et la passerelle d'accès au quai caractérisent sa signature. Ces volumes, qui sont des gestes architecturaux forts, offrent des perspectives et font apparaître également des interstices vides. Y poser un geste artistique soulignerait le dessin du bâtiment, tout en lui donnant une identité propre.

Let's dance, c'est une invitation ! Offrir à l'usager une bouffée d'énergie, un flash de lumière, une pulsation de couleur. Rythmer la structure du lieu. Donner le tempo du moment.

Let's dance, c'est aussi un clin d'oeil à la pop culture, un bonbon acidulé, une étape festive et joyeuse.

Let's dance, c'est comme un refrain, un leitmotiv, une rave party. Une signature.

L'entrée côté gare, à l'extérieur, est matérialisée par des lumières qui soulignent l'espace latéral dans toute la hauteur du bâtiment, graphique et coloré. La gradation de la couleur accompagne l'ascension. On monte le son.

La fête se poursuit dans l'atrium. Une rythmique lumineuse, verticale et saccadée, structurée. Une suspension vertigineuse. Un beat. Un battement de cœur.

Sur les murs latéraux, une écriture, des slogans, des éclats. A chaque étage sa note. A chaque étage ses mots. A chaque étage sa couleur. Un fil conducteur.

La rampe hélicoïdale se transforme en piste de danse. Le tempo s'accélère. Les lumières se croisent. Les couleurs se déchaînent. Une montée d'adrénaline.

Cette installation détourne les codes habituels des parkings. Elle contraste et joue des structures. Elle mêle la lumière à la matière. Elle donne au lieu son habit de fête. Elle instille un zeste de folie dans le quotidien. Rayonnant, dynamique et ludique. Flash et fun !

Let's dance, un tourbillon, une sensation, une hallucination jubilatoire.

 

Projet conçu avec Bénédicte Bach. 

Visuels : Gregory Hébert


Projet Check point Parking gare

Checkpoint

 

Le parking, un espace intermédiaire, une frontière, un univers à part entière. Un lieu de passage, une transition, une traversée. Ici, le parking se décline en deux entités différentes, qui s'inscrivent néanmoins dans une même fonctionnalité. Dans le dépose minute, il est question de retrouvailles, de séparations, d'un espace de transit, d'un mouvement continu, collectif.

Dans le parking à vélo, il s'agit de modularité des transports, d'une ponctuation, d'une étape, individuelle. Les deux espaces n'interviennent pas dans la même dimension mais s'inscrivent dans le même cadre. Ce sont des lieux d'allers- retours.
Ce sont des parkings souterrains, d'un seul niveau, concomitants à la gare. La dépose est rapide, le temps est compté. Ce sont des espaces fermés. Un point de jonction.

Checkpoint, la rencontre avec les autres et avec soi. L'émotion.
Il y a plusieurs points de jonction: elle s'opère d'abord sur un mode émotionnel. Ce lieu va matérialiser une distance entre des êtres proches et chers ou en cristalliser les retrouvailles. Un lieu d'urgence des sentiments, un lieu à saisir, un moment concentré, une immédiateté. Une histoire qui s'écrit au présent.
Ensuite, c'est une frontière avec un ailleurs, plus ou moins lointain. Un lieu de départ, un lieu de retour, un lieu d'ici au goût d'ailleurs. Un espace de transit. Un intervalle. Un carrefour.

Checkpoint, c'est un geste artistique, des points de repère aux points de passage, des traductions plastiques à ces problématiques.
Le premier point de passage évoque Strasbourg la frontalière et son histoire particulière. A l'entrée et à la sortie du dépose minute, cette frontière est matérialisée par une déclinaison de personnages identiques dans des uniformes incarnant l'autorité ferroviaire des deux pays. Un clin d'oeil à l'histoire, un brin surannée, qui évoque bien sûr un autre lieu emblématique.

Le second point de passage insiste sur l'émotion du moment, sur le sentiment. « Just a kiss », le temps de la séparation, du dernier baiser, le temps des retrouvailles. Ici l'histoire se répète, elle est plus intime, charnelle, universelle.

Plus loin, dans le parking à vélo, c'est une autre histoire qui se joue. Une histoire individuelle. « Souriez, vous êtes filmé ! » est une mise en abîme. Un face à soi. On rentre dans un lieu sous contrôle, un lieu où l'on laisse son vélo pour prendre un train, une étape dans un périple quotidien. Le film joue de ces répétitions à l'ère de la vidéosurveillance. Il transforme ce geste banal, en acte héroïque, il transforme l'usager en acteur hollywoodien. Un artefact qui crée le décalage.

 

A la sortie de cet espace, vers la gare, cette transmutation est matérialisée par une autre vidéo qui décuple le point de vue. Là encore, il s'agit de jouer d'un acte ordinaire et d'en créer un artifice. Une distorsion. Une altération du temps.

Checkpoint, c'est une autre façon d'interpeller l'usager, dans un mode humoristique et décalé, en détournant les codes de la publicité. Une théâtralisation de la réalité. Checkpoint , un carrefour, des fictions, des émotions. 

 

Projet conçu avec Bénédicte Bach

Visuels: Gregory Hébert


Perspectives poétiques N:21 pour L'industrie Magnifique 2018


L'antichambre projet pour la place Mathias Mérian Strasbourg

Un lieu.

 

A quelques encablures de la Cathédrale, la place Mathias Mérian est dans l'ombre des espaces environnants. Une sorte de square, enclavé, peu identifié, qui souffre d'absence de visibilité et n'a pas de fonction précise. Depuis 2017, cette place arborée abrite un jardin participatif mais peine à renouer le contact entre les différentes composantes de sa population tout au long de l'année. Pourtant la proximité de l'école Louis Pasteur, dans un quartier vivant avec des commerces, des habitations, des lieux de culture, en fait un site qui recèle des potentialités.

Au delà d'un environnement immédiat, elle se situe sur un axe qui mène de la Krutenau à l'hyper centre et dans une perspective de réhabilitation des quais, elle risque de détonner. Il semble donc important de redonner, au-delà des fonctionnalités du lieu, un caractère symbolique fort, une valeur, une identité.

Un projet.

Le rôle des artistes dans une société est de proposer un questionnement, de donner du sens, de contribuer à une identité. L'inscription d'un geste artistique dans l'espace public fédère et symbolise, l'investit dans une autre dimension en lui donnant une valeur ajoutée.

Plasticien, mes interventions consistent à montrer une poésie là où on ne l'attend pas. Il s'agit de tisser des liens, construire des passerelles, faire se rencontrer des univers, provoquer des émotions.

La place Mathias Mérian s'apparente à une alcôve dans l'ombre de la Cathédrale, une antichambre. Elle constitue une étape, un trait d'union avant la transcendance. Elle mérite donc un geste fort, symbolique, signifiant.
La proposition est de faire de cette place une
allégorie de la Cathédrale, d'en faire un écrin, de lui redonner du lustre. L'installation est aussi un hommage à Mathias Mérian, graveur. Elle s'ancre dans un patrimoine tout en revendiquant son identité. Une métaphore poétique.

Du béton, des mots, de la lumière au cœur de la place. Un contre-point du lieu le plus emblématique de la ville. Des lignes, des empreintes, une émotion.

 

L'installation fonctionne dans une double dimension : l'une, posée au sol, structurée, inscrite dans le territoire, l'autre, en filigrane, lumineuse, dessinant l'espace. Elle crée ainsi un lien entre passé et modernité, entre majesté et sobriété, entre élégance et discrétion, et redonne ses lettres de noblesse à cet espace isolé. La place devient L'antichambre de la Cathédrale. Un espace de vie, intime et calme, une respiration offerte aux riverains, une bulle dans un environnement foisonnant.

Au sol, une structure élancée à trois côtés, en béton d'environ 1 mètre de large sur 3 mètres de haut s'enracine dans le lieu. Sur chaque face, des détails de l'architecture de la Cathédrale sont gravés directement dans le béton et soulignés par une lumière de type néon-led blanche dans une diagonale ascendante.

Pour accompagner la délimitation de l'espace destiné à des usages multiples, des lignes lumineuses soulignent les marches (sur un niveau) et dessinent le carré de la partie basse, au milieu de laquelle se trouve la sculpture. L'installation contribue donc à la lecture de la place.

Sur le côté longitudinal (nord), une transversale de dalle en béton avec des mots gravés (travaillés en concertation avec les habitants du quartier) permet une appropriation des riverains associés à la construction poétique du projet. Des mots, comme des emblèmes, rythment le passage au sol, accompagnent l'implantation des arbres.

L'antichambre est un écrin, une allégorie, une poésie. Des mots, des photographies, de la matière, de la lumière. Elle accompagne la restructuration architecturée de la place en lui donnant une symbolique, un geste artistique fort, contribue à la valoriser et à l'inscrire comme un lieu identifiable et particulier, lui donne un sens.

Cet écho crée une résonance qui ancre la place Mathias Mérian dans un territoire vivant, cosmopolite et populaire
tout en l'ouvrant vers un ailleurs lumineux, métaphorique et joyeux. 

Visuels: Gregory Hébert


Installation pendant l'exposition "Extraits du Saulnois" au musée du sel  (Marsal 57) en 2008. Un néon de 4 x 4 mètres sur la façade du musée qui reprend les codes de la dernière image de la série photographique. Qu'est ce qu'un paysage? D'abord une lumière...