Roma inspiration baroque

Après une période nocturne et des propositions très urbaines et industrielles (Port du Rhin Strasbourg, Nocturnes, Extérieur nuit), il convient de questionner la place de l'homme dans l'espace et dans la cité d'une autre manière, de poser la question de la lumière différemment.

L'Italie est au cœur de ce mouvement, avec cette proposition romaine tournée sur le baroque.

Qu'est ce qu'une architecture ? Quelle place laisse t-on au sentiment, à l'art , à l'émotion?

On pense bien sûr à la réflexion de Borromini et du Bernin, de Michel-Ange, mais aussi du quartier fasciste. Cette problématique reste prégnante aujourd'hui. Comment concevoir une esthétique? Quel est le rapport au sacré ou au sentiment ? Quelle place accorde t-on aux hommes ?

Rome était donc une étape idéale pour ce questionnement.

J'y suis parti en résidence l'été 2017, une semaine en immersion, focalisé sur cette question, cherchant les fulgurances, la lumière, les structures, l'équilibre, dans cette ville où tout est art, où tout est beau, où tout est si doux.

La démarche n'a rien de documentaire, il ne s'agit pas de restituer, d'illustrer, mais elle emprunte, pour une fois, des ressorts davantage photographiques. Etonnant en effet pour quelqu'un qui se définit comme un plasticien, de voguer vers des registres plus classiques, l'usage du noir et blanc n'est ici pas anodin.

Cette quête de volupté incarne une forme de renaissance, d'attirance vers la lumière. Ces lumières sont naturelles, crues ou davantage satinées, dans des églises, des cours intérieures, des villas, des palais, transcendantes et signifiantes, sacrées ou magiques. Elles dessinent des espaces, façonnent les structures, rythment les perspectives. Il y a peu d'images de nuit, la construction est rigoureuse, la profondeur de champ révèle la ville. Il y a également des angles, des bouts d'architecture, des ciels, des ombres, des découpes qui côtoient des vues de cœurs d'églises, des anges, des plafonds richement décorés. Les compositions sont contrastées, les cadres structurés, les angles variés. Il n'y a personne, pas de vie, la ville semble abandonnée.

Ces vues romaines montrent une harmonie, une douceur, une sérénité. L'inspiration baroque flotte dans l'ensemble comme un leitmotiv, il ne s'agit pas d'ornement, mais d'une identité spécifique, d'un rapport au monde, philosophique, spirituel, et architectural. Une Roma, entre Sorrentino et Fellini, immanente, douce, magique et intemporelle.


Nocturnes

La nuit, encore et toujours, l'errance, un sentiment d'inachevé, de solitude et de quête de poésie, de douceur, de lumière. Les néons rythment cette échappée, la musique lancinante et enivrante dans la voiture, les cigarettes sont fumées. Il reste un agréable goût de vin espagnol en bouche, il est tard, c'est le cœur de la nuit.

La ville, encore et toujours, qui me donne, ce sentiment, ce souffle, un espace.

Partout du vide, partout, tout est caché, feutré, intérieur, intime, le monde se repose, s'aime, et moi je glisse entre ça...

La poésie, toujours, l'essence des choses, l'ultime conviction, un geste de beauté, pure et absolue, légèrement abstraite, s'il ne reste rien... juste cela, un rêve, un monde à part, une utopie très personnelle, sensorielle, très plastique et des couleurs...

Une écriture, dessiner des espaces, comme pour les réinventer, y mettre son cœur, jouer avec les lumières, les matières, pour composer des structures, donner le cadre.

Le monde proposé évoque l'urgence, le trouble, tantôt flou et subjectif, tantôt froid et radical. Il suggère également une photographie argentique, l'auteur venant de cette période là, travaille toujours de la même manière, en amont, sans post-traitement, et utilise des couleurs comme les pellicules des années 90. Il ne s'agit cependant pas de nostalgie, l'on convoque d'autres ressorts, plus intimes, il ne s'agit pas davantage d'un témoignage d'une ville, dont ces photographies ne sont pas des illustrations.

Les lieux sont anonymes, impersonnels mais recèlent une esthétique particulière, une poésie que le photographe veut donner à voir, un univers dark, sombre, électrique, des espaces qui éveillent des sentiments, des frontières, des émotions.


Port du Rhin Strasbourg

 L'idée de rentrer dans un lieu industriel en activité, pas comme pour l'urbex de façon clandestine, mais pour y voir un lieu encore habité, occupé par son quotidien, sa fonction productive, est ancienne mais n'a été réalisée qu'en décembre 2016. Cet univers est quand même déshabité, ne cherchant pas à en capter un témoignage sociologique ou documentaire, je l'ai donc visité lors d'une pause du personnel dans l'organisation temporelle de l'usine. Ce lieu dégage une magie poétique, avec des formes épurées et des matériaux mis en lumière, et même si cette mise en scène ne sert pas un idéal esthétique, il en résulte un univers un brin daté, comme sorti d'un derrick. Ce travail évoque également les ambiances des pellicules argentiques, fuji ou kodak au tungsten, qui permettaient de jouer avec les lumières, de les faire ressortir, artificielles ; les néons blafards, une image de la ville des années 80, qui a structuré notre représentation urbanistique. Mon intention est de partager cette poésie, ce lyrisme particulier, musical, un peu underground ; puisque ce sont des lieux que nous ne fréquentons pas, sauf si on y travaille, et qui représentent aussi une sorte de fantasme, d'une société qui perd ses usines, ses industries. Il ne s'agit pas de nostalgie, ni d'un discours politique, toujours pas de représentation de la réalité, il faut voir les matières façonnées, peintes, travaillées par la lumière qui dessine ces espaces. Les lieux restent tangibles, presque identifiables, sombres, inquiétants, vides, désespérément. C'est donc aussi un travail sur l'absence, une forme de solitude, contemplative, douce et posée. Le temps s'arrête, l'instant n'est pas décisif, le regard du photographe ne compte pas, il pourrait y avoir en fond sonore du bashung de l'album play et blessures ou de l'électro minimale berlinoise... Derrière un crime a peut être été commis, des trafics illicites pourraient se produire, on peut imaginer beaucoup de choses... L'on se retrouve donc porté dans un univers cinématographique qu'a régulièrement fréquenté son auteur (séries urbaines des années 2000 et encore récemment dans extérieur nuit), qui permet au spectateur de se raconter sa propre histoire, et doit s'approprier et appréhender l'image proposée d'une autre façon qu'un témoignage uniquement réel. Ce travail nous confronte donc à nos propres visions de ces espaces urbains particuliers, à notre rapport à la nuit. Le voyage proposé n'est donc pas seulement une proposition poétique, mais également une invitation au rêve. 


Madrid soul movida

Madrid soul movida est un travail réalisé en avril 2017, lors d'un voyage à Madrid avec mon père. Un peu étrange, un voyage en quête, de partage, d'oubli, d'évasion après des moments difficiles, bref un peu anachronique. On y trouvé la chaleur, la fête, la movida perpétuelle, l'optimisme et les sourires, les gens et les bons vins, les nuits déjà chaudes. C'est d'autant plus marquant que lors de ma dernière venue dans cette ville, elle était marqué par la crise et les prémices du mouvement les insurgés qui commençaient alors leurs rassemblement sous des bourrasques de neige... Cette ville est en perpétuel mouvement, quelque chose de baroque, sa beauté particulière et non monumentale réside dans cet élan, ce souffle, cette énergie vitale. C'est ce que j'ai tenté de capturer, en mode subjectif, personnel, hanté par des problématiques intérieures tout en résilience. Il s'agit donc de mon regard sur une ville, connue, aimée, sans la représenter, davantage un sentiment, une errance nocturne, presque joyeuse, ouverte sur ce qui m'entoure, des lumières, des gens parfois, des parkings, des couloirs de métro... Le prisme est donc surtout sensoriel, de l'ordre de l'émotion. C'est une sorte de "food movie", une échappée belle, je ne suis pas témoin d'une réalité, je glisse dedans, m'en imprègne et donne à voir des impressions, parfois floues, graphiques, structurées, limpides également de cette ville. Ce travail est donc un témoignage d'un état d'esprit, d'une urgence, presque un film, une atmosphère, d'un moment particulier de ma vie. 


Extérieur nuit

Ce travail est d’abord une promenade poétique, une quête de lumière, de calme, de couleurs. Attendre le vide, chercher des espaces, trouver une trace, une écriture, une atmosphère, se laisser surprendre par des formes architecturées, par une ombre, un détail, une fumée d’usine, se laisser porter. L’on se trouve dans des lieux très différents, qu’il ne s’agit pas d’identifier, l’auteur ne cherche pas à référencer comme dans « utopies » des paysages urbains dont le traitement de la lumière aurait été conçu de façon réfléchie et spécifique dans une époque donnée. Ici, ils existent, ils sont là, et surtout on y passe, on y glisse, on les regarde un instant puis on y échappe, ce qui prime c’est le sentiment subjectif d’une errance qu’ils supposent. Dans cette déambulation, l’on peut deviner un paysage inspiré de Hopper, à la mélancolie suspendue, un ciel de neige en hiver, une usine qui crache sa fumée, des à plats comme peints. La démarche du plasticien, jouant des couleurs, les plaquant tel un peintre, nous immerge dans une réalité qui lui est propre, faite de néons, de perspectives bouchées, d’angles où quelque chose s’échappe, comme une incertitude. L’on imagine volontiers des tonalités musicales accompagnant ces pérégrinations nocturnes, rythmant ces vues.
L’auteur renoue un peu avec des images de la fin des années 90-début 2000, avec ce sentiment d’urgence qui émanait de ses séries urbaines, si ce n’est qu’il ne reprend pas forcément une logique sérielle. On se retrouve donc à nouveau dans un processus d’ordre cinématographique, atmosphérique, témoin d’un temps qui passe, ou se suspend.
Ce qui est donné à voir, ce n’est pas le spectacle d’une réalité en déshérence, mais la poésie de cette promenade. La nuit en est le théâtre, avec son calme, ses absences, ses lumières, son pigment. De ces images émane quelque chose d’argentique, un grain, des couleurs comme avec les pellicules, une ambiance un brin datée, décalée. Logique en somme pour un photographe ne s’intéressant pas à la restitution de la réalité, ni du paradigme de l’instant décisif, et leur préfère une vision davantage poétique et personnelle, une esthétique particulière, donner à voir du beau là où on ne l’attendrait pas forcément, tenter d’offrir une émotion, un sentiment.



La mer n'existe pas

Ce travail a débuté en 2013 en Italie avec des images de forêts en contre jour d’un ciel bleu entre chien et loup. Les panoramiques découpent les ombres, aplatissent les arbres qui ne deviennent qu’un vaste espace sombre non identifiable.

La quête s’est poursuivie cette année par une problématique inhérente à deux voyages (en Toscane-Ombrie et à Lanzarote), c’est à dire comment s’approprier des paysages connus et revus, sans tomber dans le piège de la beauté immédiate de ces lieux ?
La proposition qui tente d’y répondre superpose des images (à la prise de vue sans retouche), et joue avec les couleurs, le flou, personnalisant ces lieux, les entraînant dans un registre plastique, pictural moins facilement reconnaissable.
Le bleu se fond ici dans la nuit, dans un turquoise subtil et vaporeux, mêlant ciel et mer (pour l’île espagnole), avec un jeu sur la balance des blancs (réalisé en amont sur l’appareil), dessinant une atmosphère poétique, composant des tableaux presque abstraits. L’on pense à Harry Gruyaert et ses rivages, l’on pense aussi aux peintures pré impressionnistes, voire romantiques pour le traitement de la lumière. Les images de l’océan côtoient des vues d’Ombrie où les arbres se fondent dans la nuit, tel un monde sous-marin, magique ; voyage onirique, où les choses ne sont pas exactement ce que l’on croit, les verts se fondent dans le ciel éclairé, éclatant d’un bleu klein pur... Le procédé de prise de vue est le même : la nuit doit être claire, la lune pleine, la lumière suffisante. Parfois un petit mouvement nous happe, un bateau à l’horizon, puis les choses redeviennent imperceptibles, diffuses, solennelles, mystérieuses.
La narration de la scénographie nous révèle par ailleurs des images diurnes, rendues abstraites par des superpositions à la prise de vue, procédé déjà employé par l’auteur (extraits du Saulnois notamment), restituant une forme de poésie n’existant pas de cette façon dans la réalité, composant des paysages, construisant et jouant avec les imaginaires. Ici encore le travail sur la couleur est primordial, les photographies se diluent dans des bleus très clairs qui s’opposent aux verts de la terre et des volcans. Les collines sont redéssinées, réinventées.
Il s’agit pour le plasticien de poursuivre sa quête de transformation de la réalité, et le titre au fond doit être vu comme un manifeste aux accents surréalistes, la réalité n’existe pas, c’est notre regard qui lui confère toute sa poésie et ses significations. 


Custo

Ces photographies ont été prises à barcelone en 2011, elles ont été prolongées par des custo germany. Ce sont des panoramiques, dont le mode de l’appareil a été détourné, afin de déstructurer, recomposer, lamélisér les espaces et les lumières. La composition est donc imaginée en amont, et ces images ne font pas l’objet de retouches a posteriori (photoshop)

Le résultat visible est celui construit sur les lieux. L’intérêt ici est de donner un rythme à ces espaces, une dynamique et de créer une émotion picturale par les couleurs structurées et abstraites. La réalité est un support à la poésie ambiante, musicale, onirique et se trouve transcendée par ces formes. Les lieux importent peu et sont finalement peu reconnaissables, tout juste peut on y deviner la tour agbar à barcelone.

Ce travail peut se lire également comme un clin d’œil à la société espagnole post movida, où les couleurs rythment les soirées, les décors sur les habits, dans les assiettes, ou les architectures … (custo est une marque de créateurs barcelonais)

Le modernisme inhérent à cette ville inspire aussi les compositions qui s’intègrent dans un travail plus vaste de destruction de la photographie : dead photography (pas encore montré)

C’est donc une vision festive de la ville, hallucinée, subjective, nocturne qui est proposée.

Cette série succède à des monochromes (simulacre) et poursuit une interprétation du  théâtre des réalités urbain, cette vision est peut être plus positive et joyeuse pour l’Espagne, plus froide pour les germany …

 

Ces panoramiques détournés, permettent (un peu comme les superpositions argentiques) de ne garder que l’essentiel de la réalité, du décor qui n’existe plus en tant que tel mais bien pour les tableaux qu’ils composent, et montrent des paysages n’existant que dans l’imaginaire de leur auteur, les bâtiments sont effacés, la ville aussi, il ne subsiste que des lamelles de lumières, des néons, sur un fond noir profond, cinématographique, des couleurs qui claquent comme dans un rêve…

 


Dead photography

Dead photography est un travail débuté en 2010, qui explore les limites du médium photographique. L’usage panoramique de l’appareil est ici détourné, dans des conditions de faible luminosité, afin de déstructurer le réel, le ’’ laméliser’’ , lui ôter toute trace tangible et reconnaissable et lui donner des formes propres.

Ce travail prolonge le travail de démolition de l’image déjà entrepris sur ’’ simulacre’’ ou sur “ textures “ (2004-2009) et témoigne d’une volonté de l’auteur d’utiliser l’abstraction photographique comme un support à l’expression, et de questionner les limites du médium et ses frontières. Les images sont des espaces découpés, en très grand format, non retouchées a posteriori, tout le travail est fait en amont (comme dans une démarche argentique), elles ont été prises d’abord à Berlin, Strasbourg et Barcelone, et poursuivies à Bilbao, Madrid et Budapest. Ces villes sont elles -mêmes des symboles de mutation, et sont résolument urbaines. L’artiste doit

donc imaginer le ’’décor’’ qui n’existe que dans son imaginaire et tenter de le retranscrire en jouant avec les lumières, les formes, et les couleurs lors de cette déstructuration. Ces compositions, devenant ainsi quasi organiques, questionnent donc les limites de la technique photographique, dans le rapport réinterprété au réel, la photographie n’existe pas en temps que telle, ni dans le regard du photographe, mais bien en tant que support plastique à la création. Le bug numérique est donc détourné pour devenir le support de la construction. Le rapport à la ville n’est pas non plus anodin, fait d’espaces coupés, il prend également des accents expressionnistes, dans le rapport à la lumière, composée comme dans des scènes de Fritz Lang, voire constructivistes. Le choix de Barcelone et le Berlin n’est donc pas lié au hasard, ces villes s’inscrivant dans ces questionnements. Les lieux des prises de vues ont été sélectionnés davantage pour leur aptitude à recomposer la lumière que pour leur nature même, intérieurs et extérieurs, parking et structures d’architectures, rues ou couloirs d’hôtel, peu importe finalement puisqu’ils ne sont pas le sujet. Le format choisi, doit faire éclater ces espaces créés, en leur donnant la dimension nécessaire pour en faire un objet en tant que tel. Chaque ville va apporter ses propres lumières et spécificités, ses touches, tout en s'inscrivant dans une démarche globale cohérente. Le résultat intrigue par les traces qu’il dévoile, les reflets de lumière composant les images étant la seule origine reconnaissable. Nous nous trouvons devant un objet abstrait, proche de la peinture, avec des compositions qui éliminent systématiquement la profondeur de champ, registre photographique par excellence, et questionnent également sur la chromie et la lumière qui la révèle, un peu comme dans le travail de P.Soulages . Une recherche assez peu fréquente dans le travail photographique habituel.

La photographie ’’classique’’ est également ’’tuée’’ dans la manière de présenter le travail ; les photographies seront montrées sur plusieurs écrans, les images défilant suivant un rythme et une scénographie travaillés, ce qui permet de dynamiser la narration.

 

Dead photography est donc également un questionnement sur la matérialisation de notre époque, et sur l’art en particulier, faut il se retrouver face à l’œuvre en ’’réel’’ pour l’admirer ?
Il ne s’agit pas de supprimer l’œuvre, ni le processus de création, mais de s’ouvrir de nouvelles possibilités de monstration.

Des questions nouvelles se posent ainsi, quel statut pour ces œuvres ? Comment garder la maîtrise du protocole pour l’artiste? Où est la ’’vérité’’ de l’œuvre ?

Va t’on vers des collections de muséographies virtuelles ou dématérialisées ? Peut-on mieux les conserver ?

Ce travail s’inscrit aussi dans une dimension sociétale, et questionne également des problématiques d’époque, obligeant les artistes à se positionner entre nouveaux médias, nouvelles pratiques et éthique de leur création... 

 



Superstructures

Superstructures est un travail sur l'architecture, sur des espaces oppressants, omniprésents, qui étouffent les perspectives, s'imposent dans leur masse et ne laissent qu'une ouverture noire, sombre, floue, incertaine.

l'on pourrait passer en voiture, glisser sur ces lieux, chercher une issue, ou se laisser dominer, dompter par ces structures, organisées, pensées, dominantes. Le terme superstructures renvoie à Marx et découle des structures, des institutions. Le terme emprunté à son vocable désigne également la construction de rapports de forces et d'illusions dans la perspectives plastiques de nos espaces urbains... Le noir et blanc a fait l'objet d'un travail particulier dans la recherche du papier adéquat, proche du dessin dans ses grisés. Le lieu détourné ici, est en lui même un symbole de masse, et de contrôle par le biais du divertissement, et témoigne de sa puissance, sortes de cathédrales modernes, inspirant les plus grands architectes, lieu de démesure donc, vidé de sa substance, laissé dans sa matière brute, froide, suspecte, expressionniste.

On imagine l'enfermement, qui se prononce dans des dégradés de gris et de noirs de plus en plus sombres, seule luit la lumière, qui claque, froide, structurée, s'imprimant dans notre regard comme autant de motifs cinglants, ne laissant que peu de perspectives, peu de possibilité d'en sortir, comme un envoûtement, un leitmotiv.

La répétition des images, offrant des séquences récurrentes, modifiant juste la focale, et légèrement le point de vue, en fin de série, suppose qu'on ne peut sortir de ce schéma... alors que les premières images suggèreraient plutôt qu'on puisse y échapper, puis le manège reprend... Les tirages laissent apparaître des traces de structures que l'on devine, entre noirs profonds et blancs froids, et renouant avec une tradition cinématographique, l'auteur poursuit ici ce thème de l'enfermement, déjà vu sur " dédales" mais propose une vision plus expressionniste, en noir et blanc, l'enfermement s'il reste mental, apparaît également plus orchestré, organisé, plus paranoïaque... une ambiance sombre, noire, sans issue... et toujours ces néons comme une gravure dans l'espace, l'imaginaire ou la pensée... structurant de façon irréelle notre cheminement, le rendant frénétique, halluciné...


Utopies

   Ces architectures , qui ne permettent pas de distinguer les villes dont elles sont issues, sont communes, presque anonymes, comme datées d'une autre époque (années 80). La couleur, modifiée ici par les néons créant des ambiances urbaines particulières, soulignant des espaces pas spécialement esthétiques, que l'on voit dans toutes les villes. La nuit amplifiant cette forme de poésie, avec le vide, l'absence, la froideur. Pourtant ces espaces ont fait l'objet d'attention particulière il y a quelques années, on y a travaillé la lumière, pour y construire des espaces urbains de passages, des cours, des placettes... Notre regard sur ce type de lieu change, ce qui est utopie aujourd'hui vieillira également, c'est cela qui m'intéresse dans ces regards, le décalage entre le temps et l'utopie d'avant. L'on peut penser au cinéma de Wong Kar Waï ou de Derrick, à une esthétique quasi cinématographique, mais nous sommes bien en présence d'un travail et de questionnements photographiques. Ces images ont été prises en été 2014, en full frame et ne sont pas retouchées en post traitement. les couleurs ont fait l'objet d'une attention particulière, en amont de la prise de vue avec un réglage de colométrie au point près. Ce travail s'inscrit dans une quête ancienne et récurrente sur l'architecture et ses abstraction possibles, ses appropriations, thème qui a nourrit de nombreuses expositions pour l'auteur. La nuit permettant de sublimer (et d'effacer) certaines lumières, offre de nouvelles perspectives entre les lumières artificielles, les reflets des vitrines... et les espaces ainsi dessinés. L'on joue ainsi avec des concepts de centres commerciaux, de quartiers écologiques d'aujourd'hui, d'industries en reconversion, les confrontant avec des espaces plus anciens qui ont été sujets à réflexion à l'époque. L'obsolescence existe aussi dans les façons de concevoir la vie collective, d'aménager et de structurer les architectures, de penser les lumières, et ce questionnement est visible dans toutes les villes, dans tous les pays. Ces images ont été prises à Berlin, Copenhague, Dubrovnik, Düsseldorf, Hambourg, Kotor, Malmö, Strasbourg.  Cette proposition à la frontière d'une démarche plasticienne et documentaire permet de contribuer à un référencement urbain et obsessionnel dans la lignée des époux Becher et de l'école de Düsseldorf par exemple, et de construire une identité architecturée et visuelle spécifique et particulière, européenne, propre à leur auteur qui par ces regards construit un univers qui parfois n'existe pas en l'état (espaces composés) et ainsi nourrit la réflexion de la construction d'utopies et de leur vieillissement... 


Toxic red line

 

 

Ce travail recompose des espaces urbains, sous forme de superpositions à la prise de vue, sans retouche a posteriori donc.
Ces espaces sont détruits, déstructurés, submergés par la couleur rouge qui vient les noyer.

L’on pense à Georges Rousse, notamment dans cette façon de figer ce qui n’est pas, de falsifier, de questionner la perception de la réalité.
Il y a également une forme d’humour, de décalage, comme dans un mauvais film de science fiction... quelque chose d’artificiel.

L’auteur renoue ici avec un procédé issu de l’argentique (les superpositions), et doit composer des paysages issus de son imaginaire,
détournés du réel, en le faisant directement sur l’appareil, ce qui l’oblige à une construction rigoureuse lors de la prise de vue.

L’on peut également se référer à Tom Drahos pour ses dérives colométriques, là encore travaillées en amont directement sur l’appareil.
Il s’agit également d’interroger la mémoire, le basculement, le moment où cela dérape, change d’état , de nature, d’histoire... thème cher à son travail, la frénésie, où l’on est emmené, happé par une forme de narration esthétique dans un autre univers.

On peut penser à la série ’’le basculement’’ (2007) ou encore ’’the muppet show’’ (2001) ou dans la série ’’extraits du saulnois’’ (2005).
Ce nouveau travail ne renoue pas pour autant avec une logique sérielle, les images peuvent se lire dans des ordres indifférents, l’exposition mêle d’ailleurs affichage dynamique et tirage papier.

Le caractère obsessionnel de l’ensemble contribue également à créer une sorte de malaise, sur ce qui avance, se trouble, s’efface, et donc ce qui reste et se recompose, au delà du procédé plastique, de la construction formelle et du jeu des couleurs, se trouve une question essentielle liée à la nature humaine et sa domination, sa capacité de falsification et la dérive idéologique... L’ambition n’est pas de revisiter le chaos, perspective démesurément prétentieuse, mais bien d’en cerner les possibles signes avant coureurs, et le moment où tout bascule... 



Urbanités

Ce travail débuté en 2012, représente un virage dans le parcours plastique de l’auteur. Il s’agit ici de revenir à une écriture plus clinique, nette, moins distanciée du réel, de montrer des espaces structurés, souvent fermés, frontaux ou obliques, construits.

Urbanités se lit comme une typologie de ces lieux, classés, répertoriés comme une unité de mesure de ces sous- espaces, pas toujours totalement identifiables dans leur ensemble, comme un langage universel et poétique.

Le travail prend donc un aspect davantage documentaire, dans le sillage d’un Thomas Ruff ou des époux Becher.

Les villes photographiées ici sont de différentes taille, de différents pays, et ne nous intéressent pas dans leur aspect culturel ou social, mais dans leur approche architecturée. L’installation mêle des images de jour et de nuit, des immeubles et des cours, des arrêts de bus et des parkings, des lieux vides et en attente de reconversion.

La démarche se veut méthodique, reprenant régulièrement un même type de cadrage, les lumières nocturnes devenant des architectures structurant ces lieux, les habillant d’une unité de couleur et de forme visibles.

Après une longue recherche sur l’abstraction, la dimension subjective de ce travail est moindre, le flou est quelque peu délaissé, au profit d’une froideur rigoureusement entretenue. L’homme est absent, mais son empreinte s’inscrit en filigrane. Dans ces mesures urbaines, qui ne reprennent pas de bâtiment dans leur ensemble, la construction s’opère également par opposition, entre différents matériaux, couleurs ou objets. La ville devient par là un regard, un souvenir, une trace, rémanente, de parcelles universelles interchangeables, témoignant aussi de l’activité humaine pour les constructions, abandons ou interventions.

L’on passe de Berlin à Milan, de Turin à Offenbourg, de Strasbourg à Munich, de Zagreb à Prague, de Belgrade à Barcelone, de Bilbao à Madrid...
Ces images ne témoignent pas directement de ces villes, mais de la ville en général, comme d’un artefact, construit, organisé, structuré, offrant un parcours poétique et l’idée d’une utopie. 


Extraits du saulnois

Extraits du saulnois est un travail qui date de 2005, qui a été montré au musée
du sel (marsal en 2008)
qui a gardé une partie de ces photographies.

Le saulnois est un pays situé en Lorraine, pas un espace industriel ou minier comme on a l’habitude de se l’imaginer mais rural, entre Metz, et Sarrebourg.

Lors d’interventions scolaires je fus frappé par la lumière ambiante très changeante selon les saisons et la poésie de ces paysages.
Ce travail onirique , en argentique, construit par superposition, est une
appropriation personnelle d'un espace rural, de jour, aux antipodes des lieux
qui habituellement m’intéressent. J'ai voulu construire à partir de
fragments un saulnois imaginaire. ces paysages ainsi crées mélangent des
clochers d'église et des vaches, des vignes et le ciel, de l'eau et des
routes... plus cette histoire se raconte, plus on va vers des motifs
géométriques, aux cadrages serrés, pour finir par une croix qui montre que ce
paysage n'appartient qu'à l'imaginaire de son auteur... cette croix avait été
construite sur la façade du musée le temps de l'expo sous forme d’installation
rappelant le passage du photographe voulant rendre quelque chose à ces paysages
empruntés, et comme un questionnement également sur le paysage en lui même: une lumière n'est elle pas déjà le début d'un paysage?



Détournements

Série datant des fin des années 1990 et début des années 2000, en argentique, qui détourne les codes culturels de l'époque, les publicités imposées aux regards, les séries tv ( derrick) mythiques, les espaces urbains évoquant des atmosphères particulières. L'idée est de mettre de la poésie là où il n'y ne a pas forcément, et de donner à voir une réalité imaginaire...


Simulacre

Simulacre2  poursuit le travail  sur la lumière, son  entreprise de démolition de l’image , du médium photographique.

Ici la lumière est recomposée, reflétée dans l’espace, par des déflecteurs de vélo, l’on joue sur des plans ainsi crées, matières tantôt granuleuses, tantôt lisses ou nébuleuses, se juxtaposant les uns à côté des autres.

Quand simulacre1  utilisait la lumière en direct, simulacre2 l’utilise, la dirige, la détourne.

La  réalité picturale ainsi créée, poétique, ambiguë et toujours tendant vers des monochromes (gris ou orange cette fois-ci) , questionne également sur le médium en lui-même. La photographie n’est elle pas de toute façon un simulacre de réalité ?  Un concept n’existant que dans l’imaginaire de son auteur ? La photographie peut-elle être de l’art ?

Le règne de l’image aujourd’hui , son omniprésence , et même son usage pour peindre, questionne sur sa nature, son statut, son essence même.

Les cadrages ici ne permettent pas de reconstituer un réel , ne permettent qu’une approche de celui-ci , éventuelle, évaporée.

La radicalité de la démarche plastique , aux antipodes des paradigmes habituels classiques de la photographie, trouve ses références dans les travaux des plasticiens photographes des années 70, également dans les réponses proposées par Soulages ou Buren…

Comme si l’auteur dans son parcours artistique n’avait de cesse de « tuer la photographie »  ( ambition proclamée d’ailleurs dans son nouveau travail : dead photographie- visible en 2011 )

Il reste quand même des traces , des  débuts de pixels, et des palettes de couleurs complexes voulant apparaître, sorte de bug numérique questionnant également sur les limites (ici détournées comme procédé) du médium.

Que ce soit en argentique ou en numérique, l’artiste travaille sur ce qu’il ne faut pas faire en photographie (temps de poses, bougés, flous, exposition en faible luminosité…) et expérimente les limites du médium, l’utilisant justement exclusivement dans ses faiblesses, pour construire son propre imaginaire. 


Corps à corps

Ce travail questionne l'identité, le couple, les tensions, les relations de force, de tendresse, de violence, de possession, de désir... 

Le couple peut être perçu de façon multiple, universelle, nous aurions aussi pu avoir 2 hommes ou 2 femmes... 

Quelles relations se construisent, comment s'opère la fusion entre les corps, entre les êtres? 

L'on parle d'intime, et pour mettre une distance avec ce sujet, la lumière est mise en scène afin d'abstraire le réel des corps, qui sont floutés, colorés, mélangés, jusqu'à ne plus pouvoir les appréhender exactement.

Cette lumière jouant avec les volumes ainsi créés, provoque une atmosphère douce, poétique, presque fantastique, loin des tons chauds et chairs que pourrait supposer un tel sujet. il y a aussi quelques images en noir et blanc. on n'est pas dans une réalité brute et la couleur évoque une ambiance plus urbaine, nocturne, froide...onirique. 

Les étreintes priment sur l'identification, les gestes se nouent , les corps se fondent dans le décor... se serrent, s'enlacent, se tendent, se tordent... et composent des formes, des matières, presque des sculptures. 

Les images sont prises dans un miroir, prisme figeant ces corps, autre mise à distance du sujet. Les aspérités de l'objet contribuent au caractère plastique de ces photographies.

on se trouve ici dans un questionnement entre D'agata et Coplans...

les personnages se dérobent, se reflètent, se composent... de l'autre côté du miroir,

entre ombre et lumière.



Abstractions

 

Cette envie de chercher les limites du médium est récurrente, il s'agit de tester, d'expérimenter, de voir où est le degré minimum d'une photographie, à partir de quel point, de quelle couleur, de quelle trace peut on dire que nous sommes en présence d'une photographie? 

Les références sont ici bien sûr dans les artistes conceptuels des années 60, jusqu'à Toroni ou Soulages.

Ce questionnement restant relativement rare en photographie, où il est essentiellement question de regard photographique, d'instant décisif, d'un rapport magique avec la réalité, et ne s'inscrit pas dans sa tradition ni dans l'imaginaire habituel du photographe.

Cette réalité ici n'est utile que pour son appropriation, ses lumières, sa construction méthodique, obsessionnelle, nulle intention de raconter des évènements qui se seraient produits, de reconnaître des lieux  tangibles. La photographie sert à capturer la lumière et à construire des formes, des lignes.

A partir de quelle texture, de quelle trace de lumière est-on en présence d'une photographie (textures 2003 avec téléphone portable) ?

La lumière, quête par essence de la photographie, peut également se révéler par des a-plats de couleurs (sans profondeur de champ comme sur custo ou dead photography) 

http://www.kiffel.fr/travaux/

Le travail d'abstraction, de démolition du réel a fait l'objet de nombreuses expositions pour l'auteur avec une construction technique particulière, faire ce qu'il ne faut pas faire, et utiliser les limites même de la photographie pour s'ouvrir un espace créatif...(flous ,bougés, superpositions) et en faire sa signature.

L'on peut jouer avec des lumières pour créer des personnages imaginaires, composer ce qui n'existe pas, inventer avec les contraintes liées au médium.

Ce thème répond donc à une quête également poétique, rapport suspendu au temps, où l'image n'existe pas pour ce qu'elle représente mais dans l'imaginaire de celui qui la regarde, ce qui a également comme fonction d'abolir la frontière entre le créateur et le spectateur, qui, obligé de se questionner, s'approprie ces tableaux. 

Enfin, la photographie ne cherche pas le beau, mais le discours, préfère le questionnement à la révélation, 

et s'inscrit dans une démarche plasticienne assumée, construisant un univers visuel propre, essayant de relier ces problématiques à des questions sur l'évolution de l'histoire de l'art, jouant avec des références qui ont nourri le parcours intellectuel de leur auteur...